Wave, Orange Money, MTN MoMo : fin des écosystèmes fermés, la guerre du mobile money se lance
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Wave, Orange Money, MTN MoMo : fin des écosystèmes fermés, la guerre du mobile money se lance

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Après des années de promesses, les wallets mobiles d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale peuvent enfin communiquer entre eux. La BCEAO et la BEAC ont chacune lancé leur propre plateforme de paiement instantané interopérable, rebattant les cartes d'un secteur jusqu'ici organisé en écosystèmes fermés. 2026 s'annonce comme l'année où l'on saura si cette avancée technique transforme réellement l'économie numérique régionale.

L'annonce est passée relativement discrète pour le grand public, mais elle marque un tournant pour des millions d'utilisateurs de mobile money en Afrique francophone. Depuis le 30 septembre 2025, la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest a mis en service sa Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané, baptisée PI-SPI, qui autorise des transferts immédiats et sécurisés entre opérateurs et établissements bancaires dans l'ensemble de l'UEMOA. Dans la zone CEMAC, c'est la BEAC qui pilote un dispositif comparable, GIMACPAY, conçu pour fluidifier les échanges entre wallets et comptes bancaires dans les six pays membres. L'objectif affiché par les deux banques centrales est identique : mettre fin à des années de cloisonnement qui freinaient la circulation de l'argent numérique sur le continent.

Le mobile money s'était imposé sur un principe simple, connecter des populations longtemps exclues des banques traditionnelles à l'économie formelle, à partir d'un simple téléphone. Des opérateurs comme Wave, Orange Money ou MTN MoMo ont largement contribué à cette dynamique. Selon la BCEAO, le taux d'inclusion financière dans l'UEMOA est passé de 47 % en 2016 à 72,3 % en 2023, une progression qui aurait paru improbable dix ans plus tôt.

Cette réussite cachait pourtant une limite structurelle. Les différents acteurs avaient construit des écosystèmes pensés pour fidéliser leurs propres clients plutôt que pour faciliter les échanges entre réseaux. Transférer de l'argent d'un compte Orange Money vers un wallet Wave restait, dans bien des cas, impossible ou particulièrement laborieux. Cette capacité à envoyer de l'argent instantanément vers un autre opérateur, sans surcoût, constituait jusqu'ici la grande lacune du secteur. Elle commence aujourd'hui à se combler, et le moment est désormais venu de juger si le modèle a atteint sa maturité, après des années portées avant tout par l'effet de nouveauté.

Un rapport de forces redessiné entre opérateurs

Cette ouverture réglementaire ne profite pas de la même manière à tous les acteurs du marché. Orange Money et MTN MoMo tiraient une partie de leur avantage concurrentiel de la fermeture de leurs propres écosystèmes, qui dissuadait naturellement les utilisateurs de migrer vers un concurrent. L'interopérabilité fragilise désormais cette barrière qu'ils avaient su maintenir.

À l'inverse, Wave semble bien placée pour tirer parti de ce nouveau contexte. L'entreprise s'est développée au Sénégal et en Côte d'Ivoire en misant justement sur les failles de ces écosystèmes cloisonnés, avec des transferts gratuits depuis ses débuts, quitte à assumer une politique tarifaire agressive face à ses concurrents. D'autres acteurs, comme la néobanque Djamo, qui cible les populations encore peu bancarisées avec des offres d'épargne et de paiement accessibles, accélèrent eux aussi leur expansion, voyant dans cette ouverture réglementaire une occasion à ne pas manquer.

Le Cameroun occupe une place particulière dans cette recomposition régionale. Le pays concentrait, en 2024, 65,1 % des comptes mobile money de la zone CEMAC et 57 % de la valeur totale des transactions, ce qui en fait un terrain d'observation privilégié pour mesurer les effets concrets de GIMACPAY.

Cette transition ne se fait toutefois pas sans turbulences. Les nouvelles exigences en matière de licences et de capital minimum imposées aux fintechs par la BCEAO en 2024 ont provoqué des difficultés réelles pour plusieurs jeunes entreprises, qui ont eu du mal à respecter les délais fixés. Une période de grâce a été accordée, mais le signal envoyé par le régulateur ne laisse guère de place au doute. Après une décennie de croissance peu encadrée, place est désormais faite à une consolidation du secteur, dans laquelle la taille des acteurs et leur solidité financière redeviennent des critères déterminants.

Pour de nombreux observateurs, l'interopérabilité des paiements ne constitue qu'une première étape. L'enjeu suivant, celui qui devrait réellement transformer l'inclusion financière en moteur de croissance économique, concerne l'accès au crédit. Les données issues des transactions mobiles, une fois agrégées et analysées, offrent un historique financier alternatif à des millions de petites entreprises et d'agriculteurs qui n'ont jamais pu obtenir de prêt auprès d'une banque classique.

Certaines fintechs spécialisées dans l'agriculture développent déjà des modèles d'évaluation du risque à partir des données de traçabilité des filières, tandis que d'autres explorent le financement des commerçants informels en s'appuyant sur leurs flux de mobile money. En Afrique francophone, les startups ayant levé au moins 450 millions de dollars en 2025, selon les données d'Africa: The Big Deal, se positionnent presque toutes sur cette chaîne de valeur élargie, de la fintech de base jusqu'au crédit, en passant par la logistique financière.

La prochaine phase de création de valeur dans la région ne se jouera donc probablement plus sur le paiement lui-même, mais sur les services qui viendront s'y greffer : crédit, micro-assurance, épargne automatisée ou gestion de trésorerie pour les commerçants. Autant de marchés restés largement sous-exploités jusqu'ici, et que l'interopérabilité rend désormais accessibles à l'échelle régionale. Les acteurs capables de réussir cette transition pourraient bien façonner, pour la décennie à venir, l'architecture financière de toute l'Afrique francophone.

Écrit par
Pistis Kayembe - Journaliste éditorialiste

Journaliste et rédacteur technique spécialisé en fintech, couvrant blockchain, crypto-actifs, paiements numériques et IA financière pour médias digitaux et réseaux sociaux.

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