Le secteur des télécommunications en RDC connaît actuellement une expansion remarquable. Porté par des acteurs majeurs comme Airtel Africa, Africell, Vodacom et Orange, ce marché stratégique s’impose progressivement comme l’un des piliers de la transformation numérique du pays. L’augmentation constante du nombre d’abonnés, l’usage accru d’Internet mobile et le développement des services financiers numériques participent largement à cette dynamique de croissance.
Dans ce contexte, les autorités congolaises ont décidé d’accélérer l’application d’une disposition importante concernant la participation locale dans le capital des entreprises télécoms. Désormais, les opérateurs disposent d’un délai courant jusqu’en juillet 2027 pour ouvrir au moins 25 % de leur capital social à des investisseurs nationaux. Cette décision réduit de moitié le moratoire initial de 10 ans, imposé aux entreprises pour se conformer aux exigences prévues par la réglementation en vigueur.
Cette orientation a été formalisée dans un arrêté signé le 27 février par le ministre des Postes, Télécommunications et Numérique, José Mpanda. Elle fait suite aux recommandations émises par le président Félix Tshisekedi à la fin du mois de janvier. Le chef de l’État insistait notamment sur l’application effective de l’article 40 de la loi relative aux télécommunications et aux TIC, qui prévoit également que 5 % du capital des entreprises soient réservés aux travailleurs. Cette dernière disposition devra être exécutée dans un délai de cinq mois.
Au total, ces mesures concernent 30 % du capital social des sociétés du secteur. Dans le détail, 25 % au minimum devront être détenus par des personnes physiques congolaises ou par des sociétés dont les parts appartiennent majoritairement à des Congolais. La législation précise en outre que cette participation locale doit être réalisée dans un délai de trois ans à compter de la création ou de la mise en conformité de la société.
L’ouverture du capital des opérateurs télécoms aux investisseurs locaux pourrait marquer un tournant économique important. Elle permettrait aux acteurs nationaux de profiter davantage des retombées financières d’un secteur particulièrement rentable. En effet, le marché congolais des télécommunications affiche une croissance continue : le chiffre d’affaires global du secteur a progressé d’environ 9 % en 2024, atteignant 2,09 milliards de dollars, contre un niveau inférieur l’année précédente.
Les performances des opérateurs illustrent clairement cette tendance. Pour son exercice clos le 31 mars 2025, le groupe Vodacom Group a annoncé un chiffre d’affaires de 152,2 milliards de rands, soit environ 9,3 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 1,1 %. L’entreprise a également distribué un dividende annuel de 620 cents par action. De son côté, sa filiale Vodacom Congo a réalisé 715,2 millions de dollars de revenus, ce qui représente une progression notable de 9 %.
Lors du Conseil des ministres tenu le 30 janvier, le président Félix Tshisekedi a d’ailleurs dénoncé le retard observé dans l’application de la règle des 5 % du capital destinés aux travailleurs. Selon lui, cette situation constitue une véritable anomalie, à la fois sur le plan juridique et social. Elle prive les employés d’un droit reconnu par la loi, entretient des déséquilibres dans la gouvernance des entreprises et fragilise le dialogue social au sein du secteur.
Il faut rappeler que les opérateurs télécoms présents en RDC sont, pour la plupart, contrôlés par des groupes étrangers. Par exemple, Vodacom Congo est détenue à 51 % par Vodacom Group et à 49 % par Congo Wireless Network, une société contrôlée par l’homme d’affaires gambien Allieu Conteh. De son côté, Orange RDC appartient entièrement au groupe français Orange, tandis que Airtel Congo RDC dépend du groupe Bharti Airtel via sa filiale Airtel Africa. Quant à Africell RDC, elle fait partie du groupe américain Africell.
Ainsi, la réforme engagée par le gouvernement congolais pourrait progressivement redéfinir la structure de propriété du secteur, en permettant une participation plus significative des investisseurs locaux dans une industrie devenue stratégique pour l’économie nationale.