BCC : à Kinshasa, les cambistes de rue face à une règle qu'ils appliquent rarement
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BCC : à Kinshasa, les cambistes de rue face à une règle qu'ils appliquent rarement

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La Banque centrale du Congo (BCC) a rappelé, le 13 juillet, aux cambistes agréés leurs obligations d'identification des clients et de délivrance d'un bordereau à chaque opération. Une exigence qui ne relève pas d'une nouveauté réglementaire, mais dont le rappel officiel remet en lumière un fossé persistant entre la loi et la pratique du change de rue.

L'institution monétaire a convoqué les bureaux de change agréés, les membres de la Corporation professionnelle des cambistes manuels ainsi que les opérateurs individuels autorisés pour leur réitérer une règle inscrite depuis 2023 dans l'instruction administrative n° 007. Tout client souhaitant acheter ou vendre des devises doit désormais présenter une pièce d'identité valide, et repartir avec un document précisant les monnaies échangées, le montant de l'opération et le taux appliqué. Une formalité que beaucoup de cambistes de terrain, notamment ceux qui opèrent dans la rue sans structure fixe, appliquent rarement dans les faits.

Car c'est bien là que se joue l'épreuve de vérité de cette communication. L'instruction de 2023 impose déjà aux opérateurs de conserver l'identité, l'adresse et la photographie de chaque client, ainsi qu'un bordereau numéroté chronologiquement en deux exemplaires, l'un remis au client, l'autre conservé pendant dix ans par le bureau de change. Sur le papier, le dispositif protège autant l'usager, qui dispose d'une preuve en cas de litige sur le taux appliqué, que la banque centrale, qui cherche à reconstituer les flux de devises et repérer les opérations suspectes.

Mais un cambiste installé sur un trottoir de la Gombe ou du Grand Marché n'a ni imprimante, ni registre, ni souvent l'intention de ralentir une transaction que ses clients veulent rapide et discrète. Demander une pièce d'identité à chaque échange revient, pour beaucoup d'entre eux, à s'exposer à perdre une clientèle habituée à l'anonymat du cash. Le paradoxe est là. La règle vise à sécuriser le marché du change, mais elle s'applique à un segment économique qui a précisément prospéré sur l'absence de formalités.

L'épreuve du contrôle sur le terrain

La BCC recommande aux usagers de privilégier les cambistes agréés, dont la liste, avec numéros d'agrément et adresses déclarées, est publiée sur son site. Une invitation qui suppose que le client connaisse cette liste, la consulte, et accepte de renoncer à la proximité d'un opérateur de quartier pour un bureau parfois plus éloigné. Dans un marché où la rapidité et la disponibilité priment souvent sur la conformité, ce report vers les circuits agréés reste loin d'être acquis.

L'autre inconnue tient à la capacité de contrôle de la banque centrale elle-même. Le texte interdit aux cambistes d'effectuer, pour un même client, des opérations égales ou supérieures à 10 000 dollars par jour, et leur impose des procédures internes contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Des obligations qui exigent des moyens humains et logistiques pour être vérifiées sur le terrain, au-delà des bureaux formellement enregistrés. Sans inspections régulières, ni sanctions visibles à l'encontre des opérateurs non agréés, la portée du rappel de la BCC risque de rester largement déclarative.

La traçabilité que vise la banque centrale a toute sa légitimité dans un pays où les flux de devises échappent en grande partie aux circuits bancaires classiques. Mais son efficacité réelle dépendra de ce qui se joue en dehors des textes, dans les négociations quotidiennes entre un cambiste et son client, sur un coin de rue où personne ne demande encore de pièce d'identité. Les prochains mois diront si ce rappel se traduit par un changement concret de pratiques, ou s'il rejoint la longue liste des instructions restées, jusqu'ici, largement théoriques.

Écrit par
Pistis Kayembe - Journaliste éditorialiste

Journaliste et rédacteur technique spécialisé en fintech, couvrant blockchain, crypto-actifs, paiements numériques et IA financière pour médias digitaux et réseaux sociaux.

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