Une étude du Fonds monétaire international (FMI) révèle qu'environ 77 % des emplois d'Afrique subsaharienne restent aujourd'hui peu exposés à l'intelligence artificielle. Un bouclier statistique qui limite les suppressions de postes à court terme, mais qui prive dans le même temps la région d'une partie des gains de productivité déjà captés par les économies plus numérisées.
C'est le Fonds monétaire international qui a produit ces chiffres, dans une analyse consacrée à l'impact de l'intelligence artificielle sur les marchés du travail africains. L'étude porte sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne et intervient à un moment où l'automatisation transforme déjà en profondeur des secteurs entiers en Europe et en Amérique du Nord. Pourquoi cette différence de trajectoire ? Parce que la structure même de l'emploi régional, dominée par le travail manuel, l'agriculture et l'économie informelle, échappe largement aux usages actuels des outils d'intelligence artificielle.
Selon les projections du FMI, treize pour cent des emplois de la région pourraient néanmoins faire face à un risque important de remplacement. Dix pour cent, à l'inverse, devraient bénéficier d'outils capables d'accélérer les tâches et d'améliorer la qualité du travail fourni. Ces deux catégories restent minoritaires face à la masse des postes jugés faiblement exposés, mais elles dessinent déjà les contours d'une transformation à surveiller de près.
Cette relative épargne a toutefois un coût que les experts qualifient de silencieux. Les secteurs où l'intelligence artificielle génère aujourd'hui les gains de productivité les plus rapides, la finance, les télécommunications, la comptabilité, le conseil ou le traitement de l'information, ne représentent qu'une portion limitée de l'emploi en Afrique subsaharienne. L'essentiel de la main-d'œuvre régionale reste concentré dans l'agriculture, les activités informelles et les métiers manuels, des domaines où les modèles utilisés par le FMI identifient peu de possibilités d'automatisation immédiate.
Le résultat se lit dans les projections de croissance. Le Fonds estime que la productivité régionale ne progresserait que de 0,2 % sur dix ans dans les conditions actuelles. À titre de comparaison, l'Europe et l'hémisphère occidental afficheraient une hausse proche de 1 % sur la même période. L'écart s'explique par la faible adoption de l'intelligence artificielle sur le continent, par le manque d'infrastructures numériques adaptées, et par la concentration de l'emploi dans des secteurs peu réceptifs à cette technologie.
L'agriculture pourrait pourtant devenir le terrain où cette trajectoire se renverse. Le secteur emploie près de la moitié de la main-d'œuvre régionale, alors qu'il ne génère qu'une part nettement plus faible de la valeur ajoutée totale. Des outils d'aide à la décision existent déjà et fournissent des conseils sur les semis, l'irrigation, les maladies des cultures, les prix de marché et les risques climatiques, sans se substituer directement au travail des agriculteurs.
Plusieurs expériences menées sur le continent confirment que ces outils produisent des résultats concrets. Des services de conseil numérique ont permis de relever les rendements agricoles jusqu'à quinze pour cent, et jusqu'à trente pour cent lorsqu'ils étaient combinés à de meilleurs intrants. Un système de recommandations transmises par SMS a, quant à lui, fait progresser les récoltes de 16,6 % et les revenus agricoles de 23 % au cours d'une seule saison.
Pour le Fonds monétaire international, le danger immédiat ne se situe donc pas dans une vague de suppressions d'emplois. Il réside plutôt dans le risque de voir se creuser l'écart avec les économies capables de déployer plus rapidement l'intelligence artificielle dans leurs entreprises et leurs administrations publiques.
L'accès à l'électricité, la qualité des connexions internet, le niveau de compétences numériques et les possibilités de financement détermineront, dans les années à venir, si les travailleurs africains restent simplement à l'abri d'une automatisation qu'ils ne maîtrisent pas, ou s'ils parviennent à transformer cette technologie en véritable levier de productivité.