Le mobile money a changé la façon dont les Congolais paient. La microfinance, elle, doit encore changer la façon dont ils épargnent, empruntent et entreprennent. C'est ce chantier que la Banque Centrale du Congo (BCC) a remis sur la table cette semaine.
Mardi 4 août, à Kinshasa, le gouverneur André Wameso a ouvert la 5e édition de la Semaine congolaise de la microfinance. Il y a défendu une idée forte, celle de faire de la microfinance un instrument central d'accès aux services financiers en RDC, dans un pays où la fintech a déjà largement transformé les habitudes de paiement des populations urbaines.
Cette édition s'est construite autour d'un thème qui résume les tensions actuelles du secteur, celui d'une finance inclusive au service d'une croissance durable des PME et d'un développement équitable, avec ses écueils, ses enjeux et ses perspectives. Un rappel que les innovations technologiques les plus visibles ne suffisent pas encore à toucher l'ensemble de la population congolaise.
Pour la Banque Centrale, le changement de statut de la microfinance est acté. Elle ne représente plus un segment secondaire du système financier mais un relais direct pour les entrepreneurs individuels, les petites entreprises, les agriculteurs et les ménages qui restent en dehors du réseau bancaire classique, un public où les grandes applications fintech peinent encore à s'ancrer durablement.
Les chiffres à fin 2025 confirment une dynamique de croissance. Le secteur comptait alors 116 institutions agréées, pour un total bilan de 824,2 millions de dollars. Une progression que la BCC tempère cependant. La concentration géographique reste le premier frein identifié, la majorité des institutions étant installées dans les grands centres urbains alors que les zones rurales attendent toujours une couverture suffisante, un terrain où les solutions mobiles pourraient jouer un rôle déterminant si elles étaient pensées pour ces réalités spécifiques.
La solidité financière des acteurs demeure également surveillée de près. La BCC appelle les institutions de microfinance et les coopératives d'épargne et de crédit à renforcer leur gouvernance, leur gestion des risques et leurs mécanismes de contrôle interne. La protection de la clientèle occupe une place tout aussi centrale, notamment sur les conditions de prêt et la prévention du surendettement, des enjeux renforcés par la digitalisation croissante des services financiers.
C'est précisément sur ce terrain numérique que la BCC attend le plus d'avancées. La transformation digitale du secteur pourrait réduire les coûts opérationnels des institutions et leur permettre d'atteindre des clients aujourd'hui hors de portée des agences physiques. Un chantier où l'écosystème fintech congolais, déjà rodé aux paiements mobiles, a une expertise concrète à apporter, à condition de bâtir des produits pensés pour les agriculteurs, les femmes entrepreneures, les jeunes et les micro, petites et moyennes entreprises.
L'inclusion financière constitue désormais le sixième pilier du Plan stratégique 2026-2030 de la BCC. La convergence entre microfinance traditionnelle et innovation fintech sera à surveiller dans les mois à venir, avec un test concret à la clé, celui de la couverture provinciale et du financement de l'économie réelle congolaise.