Télécoms : l'USSD en RDC, un outil commercial que les opérateurs sous-exploitent
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Télécoms : l'USSD en RDC, un outil commercial que les opérateurs sous-exploitent

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Pendant que Vodacom, Orange, Airtel et Africell mettent en avant leurs réseaux 4G et leurs applications mobiles, l'USSD continue de faciliter les consultations de solde, les achats de forfaits et certaines opérations de Mobile Money. En République démocratique du Congo, ce canal conserve un intérêt commercial, alors que l'accès aux services numériques connectés reste inégalement réparti. Les données disponibles invitent ainsi à s'interroger sur la place qu'il occupe encore dans les stratégies des opérateurs.

Selon l'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), la RDC comptait 73,9 millions d'abonnements mobiles actifs fin 2025, pour un taux de pénétration de 65,9 %, contre 33 % pour l'Internet mobile. Ces indicateurs ne correspondent pas nécessairement à des personnes distinctes, mais ils soulignent l'écart entre la pénétration de la téléphonie mobile et celle de l'Internet mobile. Dans ce contexte, l'USSD conserve un avantage pratique puisqu'il permet d'accéder à certains services sans connexion Internet mobile.

Le Mobile Money constitue l'un des principaux terrains d'utilisation de ce canal. L'ARPTC recensait 34,3 millions d'abonnements actifs à la monnaie mobile au quatrième trimestre 2025, soit un taux de pénétration de 30,6 %. Au deuxième trimestre 2026, le nombre d'abonnements atteignait 34,81 millions, pour 78,7 millions d'abonnements mobiles. Ces chiffres illustrent le poids des services financiers mobiles dans l'écosystème numérique congolais, sans toutefois révéler la part des opérations effectuées par USSD plutôt que par application ou par d'autres canaux.

Cette absence de données publiques détaillées pose une véritable question commerciale. Les opérateurs disposent-ils d'indicateurs suffisamment précis pour connaître le nombre d'utilisateurs qui privilégient l'USSD, les opérations qui y sont réalisées et les difficultés rencontrées ? Les statistiques publiques consultées renseignent sur les abonnements et plusieurs indicateurs du marché, mais ne permettent pas d'isoler la contribution de l'USSD à l'activité du secteur. Il devient donc difficile d'évaluer publiquement la performance de ce canal.

Les différences entre les parts de marché des opérateurs montrent également que le nombre d'abonnés ne suffit pas à expliquer leur positionnement économique. À la mi-2024, sur le marché de l'Internet mobile, Vodacom détenait 36,78 % des parts en nombre d'abonnés, devant Airtel avec 28,79 %, Orange avec 28,33 % et Africell avec 6,10 %. En matière de revenus issus de ces services, Airtel arrivait en tête avec 36,19 %, devant Orange à 32,72 %, Vodacom à 27,12 % et Africell à 3,92 %. Ces écarts peuvent s'expliquer par plusieurs facteurs, notamment les tarifs, les usages et la diversité des services. Les données disponibles ne permettent cependant pas d'attribuer une part de ces différences à l'USSD.

Pour mieux comprendre la valeur de ce canal, les opérateurs pourraient suivre des indicateurs spécifiques, comme le taux de réussite des opérations, les abandons en cours de parcours, la fréquence d'utilisation et la satisfaction des clients. Ces données permettraient d'identifier les services les plus sollicités, de simplifier les menus et de corriger les difficultés techniques. Sans cette mesure, les décisions relatives à l'USSD risquent de reposer davantage sur des habitudes opérationnelles que sur une évaluation précise de ses performances.

L'USSD ne remplacera pas les applications mobiles, dont les fonctionnalités permettent des expériences plus riches. Les deux canaux peuvent néanmoins répondre à des besoins différents et se compléter dans une stratégie de distribution numérique. Là où une application nécessite un appareil compatible et une connexion Internet, l'USSD permet d'effectuer certaines opérations depuis un téléphone basique. Sa pertinence dépend toutefois de la fiabilité du service, de la simplicité des parcours et de l'adéquation des fonctionnalités proposées aux besoins des utilisateurs.

En RDC, l'innovation dans les télécommunications ne se mesure donc pas uniquement au déploiement de nouvelles infrastructures ou au lancement d'applications. Elle suppose aussi d'évaluer les canaux déjà utilisés et de déterminer leur contribution réelle à l'activité commerciale. Pour Vodacom, Orange, Airtel et Africell, la question n'est pas de choisir entre l'USSD et les applications mobiles, mais de savoir comment les articuler efficacement. Encore faut-il mesurer la valeur de chacun pour prendre des décisions fondées sur des données plutôt que sur des suppositions.

Écrit par
Pistis Kayembe - Journaliste éditorialiste

Journaliste et rédacteur technique spécialisé en fintech, couvrant blockchain, crypto-actifs, paiements numériques et IA financière pour médias digitaux et réseaux sociaux.

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