Le gouvernement congolais entre dans l’arène financière locale : défi ou opportunité ? Le 27 janvier, l’État prévoit de lever près de 68 millions USD via des obligations en dollars et en francs congolais sur 18 mois, ouvrant ainsi son programme de financement intérieur pour l’année.
Cette opération combine 50 millions USD à 9 % et 40 milliards CDF (≈18 millions USD) à 10 %. L’objectif est de mobiliser l’épargne locale pour financer les besoins budgétaires, plutôt que de dépendre exclusivement de l’extérieur.
Le marché domestique a gagné en maturité en 2025, avec des émissions plus régulières et un intérêt marqué des banques et de certaines entreprises publiques. L’encours des titres publics a progressé, confirmant leur rôle central dans la gestion de la trésorerie de l’État.
Cependant, la concentration des souscriptions dans le secteur bancaire révèle un marché encore fragile et sensible aux tensions de liquidité et aux pressions inflationnistes. Les titres en dollars attirent logiquement plus d’investisseurs, car ils limitent le risque lié aux fluctuations du franc congolais.
Cette dépendance au dollar n’est pas nouvelle. À fin novembre 2025, 87,6 % des dépôts bancaires étaient en devises étrangères, contre seulement 12,4 % en franc congolais. Les ménages et entreprises privilégient les dollars pour sécuriser leur épargne face à l’instabilité monétaire locale.
Kinshasa concentre la majorité des dépôts (65,2 %), suivie des provinces minières comme le Haut-Katanga et le Lualaba, où les flux en devises issus des exportations renforcent la dollarisation. Les secteurs clés comme services, commerce et industrie extractive sont eux aussi largement libellés en dollars.
Pour les experts, cette situation a deux visages. Elle stabilise le système bancaire et protège contre la fuite des capitaux, mais elle limite la portée de la politique monétaire et réduit la capacité de l’État à financer l’économie locale en CDF.
À long terme, sans renforcement de la crédibilité du franc congolais, la dollarisation continuera de dicter les règles du jeu. L’État devra jongler entre financement des priorités budgétaires et stratégie de souveraineté monétaire. Le défi est lancé.