Frais mobile money en RDC : le Parlement s’attaque enfin à un système jugé trop coûteux
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Frais mobile money en RDC : le Parlement s’attaque enfin à un système jugé trop coûteux

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Au cœur de République démocratique du Congo, la question du coût du mobile money s’invite de nouveau dans l’agenda politique. Le 25 avril 2026, devant les élus réunis au Palais du Peuple, le ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a tenu à préciser les responsabilités. Selon lui, « leur encadrement relève surtout de la Banque centrale du Congo », rappelant ainsi la place centrale de cette institution dans la fixation des règles.

Dans l’hémicycle, le débat a rapidement pris de l’ampleur. Le ministre a expliqué que son administration agit sur les principes généraux liés aux prix et à la concurrence. Mais dès qu’il s’agit de services financiers numériques, la main passe à la Banque centrale du Congo, qui s’appuie notamment sur ses instructions réglementaires numéros 58 et 24. Cette architecture institutionnelle éclaire les chevauchements observés entre régulation financière, télécommunications et fiscalité.

Sur le terrain, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les autorités reconnaissent que les frais appliqués dans le pays dépassent ceux de certains voisins. À titre de comparaison, les droits d’accises atteignent 10 % en RDC, contre seulement 2 % au Cameroun. À ces prélèvements s’ajoutent la TVA, les taxes sur les transactions électroniques, les redevances sur le chiffre d’affaires et les fréquences, sans oublier le fonds des services universels. Pour les utilisateurs, chaque envoi ou retrait devient ainsi plus coûteux.

L’essor du secteur reste pourtant indéniable. Le pays comptait 21,5 millions de comptes financiers en 2022, contre à peine 1,1 million en 2009. Cette progression rapide ne masque pas une réalité plus complexe. Pour de nombreux ménages, les frais liés aux services financiers restent difficiles à comprendre et pèsent lourd, surtout lors de petites opérations du quotidien.

Dans les faits, l’accès aux services s’est largement amélioré. Banques, agents bancaires et opérateurs mobiles ont rapproché les services des populations et des petites entreprises. Dépôts, retraits, paiements et transferts sont devenus plus simples. Mais une question persiste dans l’esprit des usagers, combien coûte réellement chaque opération pour un client ordinaire.

Le cadre réglementaire impose pourtant une certaine transparence. L’instruction numéro 40 de la Banque centrale oblige les institutions financières à publier leurs tarifs, à les afficher en agence et à les rendre accessibles en ligne. Elle exige également une information claire et compréhensible, rédigée en français simple et, si nécessaire, dans les langues nationales.

Sur le terrain, cette transparence reste relative. Les frais sont souvent fragmentés en plusieurs lignes distinctes. Tenue de compte, retraits, virements, cartes, alertes SMS ou encore opérations en agence s’additionnent. Au final, l’utilisateur ne paie pas un service unique mais une série de petits coûts qui, cumulés, rendent l’usage bancaire parfois onéreux, en particulier pour les revenus modestes.

Les données récentes illustrent l’enjeu. D’après la stratégie nationale d’inclusion financière couvrant la période 2023 à 2028, le taux d’inclusion atteignait 38,5 % en 2022, loin de la moyenne de 55 % observée en Afrique subsaharienne. Le document souligne plusieurs freins, dont le coût des services, l’éloignement des infrastructures, le manque d’éducation financière et une protection encore limitée des consommateurs.

Le mobile money a néanmoins accéléré la transformation. En 2022, les établissements de monnaie électronique revendiquaient 37,3 millions de comptes enregistrés, dont 11,8 millions actifs. Le volume des transactions a culminé à 20,4 milliards de dollars. Ces chiffres confirment l’adoption massive de ces services, devenus indispensables pour envoyer, recevoir ou retirer de l’argent.

Mais derrière cette croissance, certaines réalités inquiètent. Chez Orange Money, les frais de retrait peuvent atteindre 9 % pour des montants compris entre 0,01 et 10 dollars, puis 6,2 % entre 10,01 et 20 dollars. Des niveaux similaires apparaissent chez M-Pesa pour certaines tranches. Concrètement, retirer 5 ou 10 dollars peut coûter une part significative de la somme.

Ce modèle pèse particulièrement sur les petits montants, qui dominent pourtant les échanges du quotidien. Transport, alimentation, crédit téléphonique ou soutien familial passent souvent par ces faibles transactions. Lorsque les frais grignotent une part trop importante, certains usagers préfèrent revenir au cash.

Face à ces constats, les autorités veulent agir. Une réforme est en préparation avec plusieurs acteurs, dont l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo, le ministère en charge du numérique et la Fédération des entreprises du Congo. L’objectif consiste à mieux encadrer les tarifs tout en préservant l’équilibre entre opérateurs, recettes publiques et protection des consommateurs. Une plateforme baptisée « Loba » devrait également voir le jour afin de recueillir les plaintes et renforcer le suivi des pratiques sur le marché.

Écrit par
Nicolas Kayembe - Journaliste éditorialiste

Journaliste et rédacteur technique spécialisé en fintech, couvrant blockchain, crypto-actifs, paiements numériques et IA financière pour médias digitaux et réseaux sociaux.

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