Au Togo, le mobile money est utilisé près de trois fois plus que les services bancaires
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Au Togo, le mobile money est utilisé près de trois fois plus que les services bancaires

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Chaque jour, les services de monnaie électronique enregistrent plus d’un million d’opérations au Togo, pour une valeur moyenne de 12 milliards de FCFA. En 2025, les transactions ont atteint 4 435,3 milliards de FCFA, en hausse de 7,9 % sur un an, selon le tableau de bord de l’inclusion financière publié par la BCEAO. Mais cette progression reste nettement inférieure à celle de l’ensemble de l’UEMOA, où la valeur des transactions a bondi de 39,7 %, pour atteindre 219 151 milliards de FCFA. Le Togo ne représente ainsi que 2,02 % de la valeur des opérations réalisées dans l’Union.

Le Togo se distingue toutefois par le niveau d’activité de ses portefeuilles électroniques. Sur 10,45 millions de comptes recensés en 2025, près de 5,69 millions ont été actifs, soit un taux de 54,48 %. Pour la BCEAO, un compte est considéré comme actif lorsqu’il a enregistré au moins une transaction au cours des 90 derniers jours. Ce résultat place le pays au deuxième rang de l’UEMOA, derrière la Guinée-Bissau, à 60,67 %, et devant le Burkina Faso, à 50,36 %. La moyenne régionale s’établit à 32,56 %.

Cette performance doit néanmoins être interprétée avec prudence. Le nombre de comptes recensés ne correspond pas à celui des personnes utilisatrices, puisqu’un même client peut détenir plusieurs portefeuilles auprès de différents prestataires. Les écarts entre les données de 2024 et de 2025 doivent également être examinés en tenant compte du périmètre statistique retenu. Le taux d’activité renseigne donc sur l’utilisation récente des comptes, mais ne suffit pas à mesurer le nombre de Togolais effectivement servis par le mobile money.

L’écart apparaît plus nettement lorsqu’on compare les indicateurs d’utilisation des services financiers. Au Togo, le taux d’utilisation des services de monnaie électronique atteint 69,6 %, contre 26,3 % pour les services bancaires, selon la BCEAO. Le taux de bancarisation strict, qui mesure la proportion de la population adulte disposant d’un compte dans une banque, au Trésor ou dans les services assimilés, s’établit pour sa part à 28,3 % en 2025, contre 30,9 % en 2024. Ces indicateurs ne mesurent pas exactement la même chose, mais ils illustrent la place importante prise par les portefeuilles électroniques dans l’accès aux services financiers.

Le retrait au centre de la bataille

Les habitudes de transaction montrent cependant que le mobile money reste fortement lié à la circulation des espèces. En 2025, les rechargements de portefeuilles ont représenté 1 332,6 milliards de FCFA, tandis que les retraits ont atteint 1 292,3 milliards. Ensemble, ces deux opérations pèsent près de 59,2 % de la valeur totale des transactions recensées. Les transferts de personne à personne ont, de leur côté, totalisé 1 258,8 milliards de FCFA. Le portefeuille mobile sert donc encore largement à faire entrer de l’argent dans le circuit numérique, à le transférer, puis à le retirer.

Le marché reste dominé par deux opérateurs. Mixx by Yas capte environ 60 % du marché, contre 40 % pour Flooz de Moov Africa, selon des données relayées par la presse togolaise. Cette domination à deux acteurs est toutefois contestée depuis l’arrivée de Gozem Money en octobre 2025, en partenariat avec NSIA Banque Togo. La plateforme a notamment mis en avant des frais de retrait pouvant être jusqu’à cinq fois inférieurs à ceux de ses concurrents. Cette promesse tarifaire pourrait accentuer la pression sur les opérateurs historiques, dans un marché où le coût des retraits reste une préoccupation pour les utilisateurs.

L’utilisation du mobile money dans les commerces constitue un autre défi. Sur les 28 350 commerces enregistrés pour accepter les paiements mobiles au Togo, seuls 10 679 ont effectué au moins une transaction au cours des 90 derniers jours, soit un taux d’activité de 37,67 %. Autrement dit, près de deux commerces inscrits sur trois n’ont pas enregistré de paiement récent. L’écart entre l’enregistrement d’un commerçant et son utilisation effective montre que l’acceptation du paiement numérique reste à développer.

La connexion de Mixx Togo à la plateforme PI-SPI de la BCEAO, annoncée en avril 2026, ouvre toutefois de nouvelles possibilités. Elle permet à ses utilisateurs d’effectuer des transferts et virements instantanés vers des comptes bancaires, des portefeuilles mobiles et des institutions de microfinance connectés dans les huit pays de l’UEMOA. Le dispositif prévoit également des paiements marchands par code QR interopérable. Pour le secteur, cette ouverture régionale peut faciliter les échanges et élargir les possibilités d’encaissement des commerçants.

Le mobile money togolais a donc réussi à installer le portefeuille électronique dans les usages quotidiens, mais sa prochaine étape consiste à dépasser les opérations de dépôt, de transfert et de retrait. L’activation des commerçants, le développement des paiements marchands et l’accès à des services d’épargne ou de crédit seront déterminants pour approfondir son rôle dans l’économie. À partir du 2 novembre 2026, une nouvelle instruction de la BCEAO portera par ailleurs de 2 à 4 millions de FCFA le plafond des avoirs qu’un même client peut détenir auprès d’un même émetteur de monnaie électronique. Cette évolution réglementaire élargira les possibilités de conservation de fonds sur les portefeuilles, sans garantir à elle seule leur transformation en véritables outils de financement.

Écrit par
Pistis Kayembe - Journaliste éditorialiste

Journaliste et rédacteur technique spécialisé en fintech, couvrant blockchain, crypto-actifs, paiements numériques et IA financière pour médias digitaux et réseaux sociaux.

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