La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) vient d'intégrer le Système panafricain de paiement et de règlement. Une décision qui doit permettre aux six pays de la CEMAC d'échanger plus facilement avec le reste du continent, sans passer systématiquement par des devises étrangères ni par des banques situées hors d'Afrique.
L'institution monétaire commune au Cameroun, au Gabon, au Congo, à la Guinée équatoriale, au Tchad et à la République centrafricaine a officialisé son adhésion au PAPSS cette semaine. Porté par Afreximbank aux côtés de l'Union africaine et du Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine, ce système permet aux entreprises du continent de régler leurs transactions transfrontalières directement en monnaies locales, sans détour par le dollar ou l'euro.
L'enjeu dépasse la seule technique bancaire. Jusqu'ici, une grande partie des paiements entre entreprises africaines transitait par des banques correspondantes basées en Europe ou ailleurs hors du continent. Un circuit qui allonge les délais et alourdit les frais à chaque étape. Pour un espace CEMAC qui rassemble plus de 72 millions d'habitants, cette dépendance représentait un frein direct au commerce intra-africain, que les autorités monétaires cherchent justement à développer depuis plusieurs années.
Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, également à la tête de l'Association des banques centrales africaines, a présenté cette adhésion comme un moyen de rendre les paiements entre la CEMAC et le reste du continent plus rapides et moins coûteux. Une manière aussi de sortir les entreprises centrafricaines d'un isolement financier qui limitait jusqu'à présent leurs échanges avec les marchés voisins.
Avec l'arrivée de la BEAC, le PAPSS élargit encore son emprise sur le continent. Le réseau couvre désormais 28 pays, s'appuie sur 16 systèmes de paiement nationaux et régionaux, et connecte plus de 190 banques commerciales et fintechs. Une montée en puissance qui n'a rien d'anodin puisque cette infrastructure est pensée comme l'un des piliers financiers de la Zone de libre-échange continentale africaine, dont l'ambition affichée est de réunir 1,4 milliard de consommateurs dans un marché unique.
Du côté de la direction du PAPSS, on parle d'une étape stratégique. Son directeur général, Mike Ogbalu III, y voit l'ouverture de nouveaux corridors commerciaux entre l'Afrique centrale et le reste du continent, à un moment où la circulation des biens et des capitaux entre régions africaines reste encore largement sous-exploitée.
Sur le terrain, rien ne changera du jour au lendemain. L'intégration effective des banques et institutions financières de la zone CEMAC dans le réseau doit se faire progressivement, avec un objectif de finalisation d'ici fin 2026. Les entreprises devront composer avec cette période de transition avant de voir concrètement les délais de paiement se raccourcir et les frais bancaires diminuer.
La question qui se pose désormais est celle de l'adoption réelle par les opérateurs économiques. Le recours aux devises étrangères et aux circuits bancaires internationaux reste profondément ancré dans les habitudes commerciales de la sous-région, et rien ne garantit qu'une infrastructure technique, aussi performante soit-elle, suffise à elle seule à faire basculer ces pratiques.