En quelques années, la finance numérique s'est imposée comme l'un des piliers de la transformation économique du continent. Portée par l'essor du mobile money et par des politiques régionales ambitieuses, elle redessine les échanges commerciaux et financiers à l'échelle de l'Afrique, tout en nourrissant les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Le constat est frappant. L'Afrique subsaharienne concentre aujourd'hui plus de deux tiers des comptes mobile money recensés dans le monde, soit près d'un milliard de comptes actifs. Ces comptes génèrent des transactions qui se chiffrent en centaines de milliards de dollars, faisant de cette région un laboratoire grandeur nature de l'inclusion financière numérique. Cette infrastructure ne se contente pas de faciliter les paiements du quotidien. Elle sert également de socle à la Zone de libre-échange continentale africaine, dont l'impact économique est estimé à 450 milliards de dollars d'ici 2035, en accélérant la circulation des biens, des services et des capitaux entre les marchés africains.
Cette dynamique s'accompagne d'une baisse sensible des coûts de transfert transfrontaliers, tombés de plus de 7 % à moins de 3 % sur certains corridors. Le Système de Paiement et de Règlement Panafricain joue ici un rôle déterminant en permettant des paiements en monnaies locales, tandis que la Banque africaine d'import-export table sur une progression de plus de 50 % du commerce intra-africain, portée par la digitalisation des paiements et du financement. Pour Ibrahima Ndiaye, Directeur des Services digitaux de la Financière de l'Afrique de l'Ouest, cette mutation dépasse le seul secteur bancaire : "Aujourd'hui les fintech, leur rôle essentiel c'est de pouvoir promouvoir l'activité de la finance digitale. Et si on dit l'activité de la finance digitale, dans ce mot-là il y a la finance, et dans la finance c'était une activité réservée aux banques. Donc aujourd'hui il y a d'autres entités, notamment les distributeurs, les partenaires financiers, les agrégateurs."
Cette recomposition du paysage financier interroge aussi la place des acteurs historiques. Pour Ziad Baddou, Directeur de Deloitte Conseil au Maroc, banques traditionnelles et fintech doivent désormais avancer main dans la main : "Il y a aussi un sujet par rapport aux acteurs traditionnels, les banques, etc., qui elles aussi aujourd'hui doivent jouer un rôle pour promouvoir finalement la dynamique des acteurs traditionnels et des fintech, et tout cela bien sûr dans le but de favoriser les échanges commerciaux au sein de notre continent, de favoriser l'inclusion financière, de mettre le maximum de jeunes et de personnes dans le coup, et au final en tirer bénéfice tous ensemble au niveau de notre cher continent."
Sur le terrain, les effets se mesurent déjà concrètement. Plus de 300 millions de micro-entrepreneurs et d'agriculteurs accèdent désormais à des crédits et à des assurances numériques grâce à l'intelligence artificielle et à l'exploitation de données alternatives. Une avancée qui renforce les chaînes de valeur régionales, notamment au sein de la Communauté de développement de l'Afrique australe, où plusieurs actions ont été engagées, selon son Secrétaire exécutif Elias Magosi, pour lever les obstacles à la transformation agroalimentaire et améliorer la compétitivité du secteur privé.
Les chiffres de 2025 viennent confirmer cette trajectoire. Le taux d'inclusion financière atteint désormais 58 % en Afrique subsaharienne, tandis que près de 64 milliards de transactions ont transité par les systèmes de paiement instantané, représentant environ 2 000 milliards de dollars. Un cap franchi qui installe durablement la Fintech comme l'un des leviers majeurs de l'intégration économique africaine, à l'heure où le continent cherche à consolider ses propres circuits de croissance.