RDC : les recettes vont-elles vraiment augmenter grâce à SYGREM ?
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RDC : les recettes vont-elles vraiment augmenter grâce à SYGREM ?

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Le mardi 1er septembre, le VPM en charge des Transports, Jean Pierre Bemba a présidé à Kinshasa le lancement officiel de (SYGREM), le Système de gestion des redevances multimodales, fruit d’un partenariat entre l’Ogefrem et PADS Corporation. Géolocalisation de bout en bout, paiement en ligne, centralisation des recettes, le vocabulaire de la cérémonie ressemble à celui de nombreuses annonces de modernisation du secteur douanier congolais. Mais une phrase, prononcée par le directeur général de l’Ogefrem lui même dès son discours d’ouverture, mérite une attention particulière.

Olivier Tshibola Mukuma a affirmé que ce travail ne sera porteur d’un meilleur lendemain que si les deux parties, l’Ogefrem et PADS, exécutent correctement leurs obligations réciproques. Une telle formulation, venant du principal responsable public du projet le jour même de son lancement, ne relève pas seulement de la prudence rhétorique. Elle pose une condition explicite à la réussite de SYGREM et rappelle que la technologie ne garantit pas, à elle seule, les résultats attendus.

La maximisation des recettes, la lutte contre la fraude et la traçabilité du fret figurent parmi les objectifs affichés de SYGREM. Ces objectifs s’inscrivent dans une dynamique plus large de modernisation numérique du secteur douanier congolais, où plusieurs initiatives ont déjà été présentées comme des réponses aux mêmes difficultés. La question n’est donc plus seulement de savoir si l’objectif est pertinent, mais ce que SYGREM produira concrètement une fois la phase de lancement passée.

Le directeur général de PADS a qualifié SYGREM d’instrument de souveraineté pour la République. Le terme est particulièrement fort dans un secteur lié au contrôle du fret, à la mobilisation des recettes et à la lutte contre la fraude. Mais une ambition présentée comme un instrument de souveraineté ne pourra réellement être appréciée qu’à partir de ses résultats. La question sera alors de savoir ce que cette souveraineté produit concrètement pour le contrôle des flux et la sécurisation des recettes publiques.

Un partenariat public privé qui devra démontrer sa transparence

La plateforme doit centraliser les fonds vers des comptes bancaires dédiés de l’Ogefrem, avec PADS Corporation comme partenaire privé associé à sa gestion. Les éléments rendus publics autour du lancement ne permettent toutefois pas encore d’apprécier dans le détail la répartition des responsabilités entre les deux parties ni les mécanismes de contrôle prévus autour de la gestion des flux. Cette transparence sera déterminante pour apprécier la solidité du dispositif dans la durée.

Jean Pierre Bemba a résumé l’ambition du projet par une formule simple, savoir exactement ce qui entre et ce qui sort, avec une traçabilité à chaque étape. Cette déclaration peut désormais être transformée en critères mesurables. Dans les prochains mois, il faudra pouvoir observer si les recettes progressent de manière vérifiable, si les flux deviennent davantage traçables et si les pratiques frauduleuses reculent effectivement.

Le vice Premier ministre a lui même invité l’Ogefrem et PADS à exécuter leurs obligations avec rigueur, loyauté et bonne foi. Cette demande formulée au moment du lancement rappelle que le véritable test de SYGREM ne sera pas sa présentation technique, mais sa capacité à fonctionner correctement dans la durée. Une plateforme peut être moderne dans sa conception et produire des résultats limités si son exploitation, son contrôle ou la coordination entre les acteurs ne suivent pas.

La modernisation numérique du secteur douanier congolais s’inscrit dans une succession de réformes et d’outils destinés à améliorer la traçabilité, le contrôle et la mobilisation des recettes. Pour SYGREM, la différence ne se jouera donc pas uniquement dans les fonctionnalités annoncées lors de la cérémonie. Elle se mesurera surtout à la capacité des autorités à publier, après plusieurs mois d’utilisation, des résultats suffisamment précis pour permettre de comparer les objectifs annoncés aux effets réellement obtenus.

La réussite de SYGREM ne se mesurera donc ni au discours prononcé lors de son lancement ni à la liste des innovations techniques présentées ce jour là. Elle se mesurera à la capacité de l’Ogefrem et de PADS à respecter, dans la durée, la condition qu’ils ont eux mêmes placée au centre du projet, celle d’une exécution rigoureuse et loyale de leurs obligations réciproques. C’est à ce moment seulement que SYGREM pourra démontrer qu’il constitue une transformation durable du système de gestion des redevances et pas simplement une nouvelle plateforme annoncée comme telle.

Écrit par
Pistis Kayembe - Journaliste éditorialiste

Journaliste et rédacteur technique spécialisé en fintech, couvrant blockchain, crypto-actifs, paiements numériques et IA financière pour médias digitaux et réseaux sociaux.

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