Dans la CEMAC, un franc prêté sur cinq par les établissements de microfinance ne revient plus normalement dans leurs caisses, près d'un établissement sur deux est jugé très fragile et leur bénéfice net a fondu de près de 90 % en une seule année, alors que leurs revenus sont restés presque stables. Voilà la situation des institutions sur lesquelles comptent les petits entrepreneurs pour financer leurs activités. Les chiffres de la COBAC soulèvent ainsi une question essentielle sur l'avenir du crédit de proximité.
Selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), 48,7 % des établissements de microfinance (EMF) de la CEMAC sont considérés comme très fragiles au 31 décembre 2025. Seuls 17,9 % sont jugés globalement sains, tandis que 12 % sont classés fragiles. Les autres catégories représentent 21,4 % des établissements. Cette répartition révèle l'ampleur des difficultés auxquelles le secteur est confronté.
Les créances en souffrance sont passées de 177,8 milliards de FCFA à fin 2024 à 236,8 milliards à fin 2025, soit une progression de 33,2 %. Elles représentent désormais 20,5 % des crédits bruts, autrement dit un peu plus d'un franc sur cinq. Cette évolution traduit les difficultés croissantes rencontrées par les établissements pour récupérer les fonds prêtés et compromet leur capacité à maintenir une activité de crédit durable.
Le résultat net agrégé du secteur est passé de 22,5 milliards de FCFA en 2024 à 2,4 milliards en 2025, soit une chute de 89,4 %. Pourtant, le produit net financier est resté quasi stable, à 147,6 milliards de FCFA. Comment expliquer qu'un secteur dont les revenus se maintiennent voie ses bénéfices presque disparaître ? Selon la COBAC, la principale explication réside dans la hausse de 47 % des dotations nettes aux provisions. Ces dernières permettent aux établissements de couvrir les risques de pertes liés aux difficultés de remboursement. Leur augmentation pèse sur les résultats et réduit les marges financières disponibles.
À fin 2025, 39 % des établissements déclarants ne respectent pas le ratio de couverture des immobilisations, tandis que 36 % ne respectent pas la limite réglementaire d'exposition envers un même client ou groupe de clients. Cette concentration des risques peut accentuer les difficultés lorsqu'un emprunteur important fait défaut. Les engagements envers les apparentés et la liquidité présentent également des insuffisances, révélant des faiblesses qui dépassent la seule question du remboursement des crédits.
Face à cette situation, la COBAC a pris sept décisions d'ouverture d'administration provisoire en 2025. À la fin de l'année, quatorze établissements étaient concernés, dont quatre de première catégorie et dix de deuxième catégorie. Le superviseur a également engagé cinq procédures de liquidation au cours de l'exercice. Ces mesures visent à traiter les situations dans lesquelles la viabilité des établissements n'est plus assurée et à contribuer à la protection des déposants ainsi qu'à la stabilité du système financier.
La hausse des provisions et l'effondrement des bénéfices risquent de limiter la capacité des établissements les plus fragiles à renforcer leurs fonds propres et à soutenir leur activité. Dans ces conditions, pourront-ils continuer à financer les petits entrepreneurs sans compromettre leur propre équilibre financier ? La réponse dépendra notamment de leur capacité à maîtriser les risques de crédit, à améliorer leur gouvernance et à respecter les exigences prudentielles. Car la microfinance ne peut durablement remplir sa mission d'inclusion financière que si les institutions qui la portent disposent de la solidité nécessaire pour continuer à prêter et à protéger l'épargne de leurs clients.