Anthropic pourrait chercher à lever jusqu’à 100 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse, envisagée à la mi-novembre 2026, pour une valorisation qui pourrait atteindre 1 500 à 2 000 milliards de dollars selon les estimations rapportées par la presse financière. À titre de comparaison, l’ensemble des start-up technologiques africaines recensées par Partech a mobilisé 4,1 milliards de dollars en 2025. Le montant envisagé pour l’opération américaine représenterait ainsi près de 24 fois les financements levés par l’écosystème africain sur toute une année. Le laboratoire américain, éditeur des modèles Claude, a déposé son dossier d’introduction en Bourse le 26 octobre. Toutefois, les investisseurs semblent désormais privilégier une valorisation plus proche de 1 500 milliards de dollars, après avoir précédemment envisagé 2 000 milliards.
Les performances financières de l’entreprise expliquent en partie cet appétit. Lors d’une rencontre avec des investisseurs potentiels, Anthropic a indiqué avoir réalisé 16,8 milliards de dollars de revenus au troisième trimestre 2026, soit une progression de 45 % par rapport au trimestre précédent. Cette croissance s’accompagne d’engagements financiers considérables. Selon un prospectus confidentiel consulté par Reuters, l’entreprise prévoit au moins 518 milliards de dollars de dépenses sur dix ans pour ses services cloud, ses capacités de calcul et ses infrastructures.
Cette course à l’intelligence artificielle repose sur des centres de données, des processeurs spécialisés et une alimentation électrique importante. Trois ressources dont les capacités restent limitées dans une grande partie de l’Afrique. Selon le rapport 2026 de l’African Actors of Data Center Association, le continent représente seulement 0,6 % de la capacité mondiale des centres de données, alors qu’il abrite près d’un cinquième de la population mondiale. Sa capacité active atteint 360 mégawatts, auxquels s’ajoutent 238 mégawatts en construction et 656 mégawatts en projet. Même cette progression ne devrait pas augmenter significativement sa part dans les capacités mondiales, qui continuent de croître rapidement.
Le déficit commence bien avant les infrastructures informatiques. En 2024, près de 560 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’avaient toujours pas accès à l’électricité, selon la Banque mondiale. Pour répondre à cette situation, l’institution et la Banque africaine de développement portent l’initiative Mission 300, qui vise à raccorder 300 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030. La connectivité constitue un autre obstacle. Selon l’Union internationale des télécommunications, seuls 38 % des Africains utilisaient Internet en 2024, contre 68 % de la population mondiale. Le taux atteignait 57 % en zone urbaine, mais seulement 23 % en zone rurale.
Les financements suivent une géographie tout aussi inégale. Le rapport 2025 de Partech indique que les start-up technologiques africaines ont mobilisé 4,1 milliards de dollars, en hausse de 25 % sur un an. Ce montant comprend 2,41 milliards de dollars en fonds propres et 1,64 milliard en dette, un niveau record pour cette dernière. Le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria ont concentré 72 % des capitaux mobilisés. Le Kenya arrive en tête avec 1,04 milliard de dollars. La dette représente désormais 41 % des financements, contre 17 % en 2019.
La fintech demeure le premier secteur de financement de l’écosystème technologique africain, avec 1,49 milliard de dollars mobilisés sur 150 opérations en 2025, selon Partech. Cette performance confirme la capacité du continent à attirer des capitaux dans des domaines où il a déjà démontré son potentiel d’innovation, notamment les paiements numériques et le mobile money. Pour l’intelligence artificielle, la répartition mondiale des financements reste cependant très déséquilibrée. Selon le Global Startup Ecosystem Report 2026 de Startup Genome, l’Amérique du Nord capte 86 % des financements mondiaux destinés aux entreprises spécialisées dans l’IA en phase avancée.
Le risque est de voir le continent devenir principalement un marché de consommation pour des modèles conçus, développés et financés ailleurs. Les entreprises africaines pourraient adopter massivement ces technologies sans maîtriser les infrastructures qui les alimentent, avec des conséquences possibles sur la localisation des données et la captation de la valeur économique. La progression de la dette dans le financement des start-up africaines ouvre néanmoins une piste pour les projets nécessitant des investissements importants, comme les centres de données, à condition que leur modèle économique permette de supporter ce type de financement.
Les 4,1 milliards de dollars mobilisés en 2025 prouvent que l’écosystème technologique africain existe et progresse. Mais ces financements restent sans commune mesure avec les capitaux nécessaires pour développer les infrastructures énergétiques, les centres de données et les capacités de calcul indispensables à l’économie de l’intelligence artificielle. La question n’est donc plus seulement de savoir combien de solutions d’IA l’Afrique adoptera, mais combien d’entreprises et d’infrastructures elle sera capable de financer pour participer à la création de cette nouvelle richesse.