Sous le haut patronage du président Félix Tshisekedi, la troisième édition du forum Palabres Fintech s’est tenue le jeudi 9 octobre au Fleuve Congo Hôtel à Kinshasa. L’événement, organisé par la DRC Fintech Association (DFA), a réuni plus de 400 participants, parmi lesquels des représentants de la Banque centrale du Congo (BCC), de l’Agence pour le développement du numérique (ADN), du ministère des Finances, de l’ARPTC, ainsi que plusieurs startups et investisseurs étrangers. Le thème retenu pour cette édition : « Libérer l’avenir de la finance en RDC : la puissance de l’Open Finance et du Sandbox réglementaire pour l’innovation fintech. »
Depuis l’adoption du Plan national du numérique (PNN) en 2019, la République démocratique du Congo s’est engagée dans une vaste transformation digitale. Ce plan repose sur quatre piliers : infrastructures, contenus, usages et gouvernance/régulation. En parallèle, la Stratégie nationale d’inclusion financière (SNIF 2023-2028) vise à faire passer le taux d’inclusion financière de 35,5 % à 65 % d’ici 2028. L’objectif du gouvernement est clair : accroître l’accès des ménages et des petites entreprises à des services financiers formels, abordables et adaptés, tout en soutenant la stabilité économique et la réduction de la pauvreté.
Inspirée de la tradition de l’« arbre à palabres », cette rencontre a constitué un espace de dialogue ouvert entre les institutions publiques, les banques, les fintechs et les investisseurs. Le coordonnateur de la DFA, Yogo Dubois, a insisté sur la vision d’une RDC capable de devenir un hub régional de l’innovation financière. "Nous voulons bâtir un écosystème où la technologie soutient la finance inclusive. L’Open finance, le Sandbox réglementaire et la coopération entre banques et startups seront les clés pour y parvenir", explique-t-il.
Quatre thèmes principaux ont structuré les discussions, notamment Open Finance : vers des services financiers inclusifs ; Regulatory Sandbox : encadrer l’innovation fintech ; Collaboration banques-fintechs : combler le fossé entre finance traditionnelle et numérique ; Fintech à impact social : inclure les populations au-delà des grandes villes.
Un contexte de transformation numérique
Dans son mot d’ouverture, Dominique Migisha, coordonnateur à l’ADN, a dressé un état des lieux préoccupant. "Moins de 10 % de la population congolaise est bancarisée. Les fintechs peuvent changer cette réalité en facilitant l’accès aux services financiers, même dans les zones rurales", évoque-t-il. Il a également invité les banques, opérateurs télécoms et régulateurs à faire preuve d’audace et à s’inspirer des expériences réussies dans d’autres pays africains.
Le premier panel a mis en avant l’Open finance comme moteur d’inclusion. Les experts ont expliqué que le partage sécurisé des données financières permet de concevoir des produits personnalisés, compétitifs et interopérables. Ils ont rappelé que dans des pays comme le Kenya ou le Nigeria, l’Open finance a contribué à élargir l’accès aux services bancaires via le mobile money, tout en préservant la protection des données et la souveraineté numérique.
Le deuxième panel a porté sur le Sandbox réglementaire, un environnement d’expérimentation encadré par le régulateur. Les intervenants ont expliqué que ce mécanisme permet de tester de nouvelles solutions fintech sans compromettre la stabilité du système financier. Il offre une souplesse réglementaire, accélère la mise sur le marché et attire des investissements. La mise en place d’un tel cadre en RDC est considérée comme une étape essentielle vers un environnement propice à l’innovation locale.
Le troisième panel a souligné que la réussite de l’inclusion financière repose sur une coopération étroite entre les acteurs traditionnels et les nouveaux entrants. Les banques apportent leur expérience et leur solidité, tandis que les fintechs se distinguent par leur agilité et leur créativité. Les panelistes ont évoqué des pistes de collaboration comme le partage d’API, les programmes d’accélération et les modèles de co-entreprises pour surmonter les barrières culturelles et technologiques.
Le dernier panel a mis en avant l’importance d’une fintech inclusive, ciblant en priorité les femmes, les jeunes et les populations rurales. Les solutions évoquées incluent la micro-épargne, le micro-crédit, l’identification biométrique et les agents de proximité pour toucher les zones éloignées. Ces approches, soutenues par la SNIF, visent à réduire les inégalités d’accès et à dynamiser les économies locales.
Vers un cadre financier agile et sécurisé
Clôturant la journée, le ministre des Postes, télécommunications et économie numérique, Augustin Kibassa, a salué les avancées du forum. "Cette édition a prouvé que la RDC dispose des ressources humaines et des partenaires pour bâtir une finance inclusive, sécurisée et efficace. L’Open Finance et le Sandbox ne sont pas des slogans, mais les piliers d’un cadre innovant, flexible et conforme aux normes internationales", précise-t-il. Il a réaffirmé la volonté du gouvernement d’encourager les solutions locales adaptées aux réalités congolaises et de soutenir les jeunes entrepreneurs engagés dans la transformation numérique.
La 3e édition de Palabres FinTech s’impose désormais comme un outil stratégique pour traduire en actions concrètes les ambitions du PNN et de la SNIF. En encourageant le dialogue entre les acteurs publics et privés, l’événement a permis de dresser une feuille de route claire pour les 24 prochains mois : adoption de l’Open finance, création du Sandbox, et renforcement des partenariats pour une finance plus inclusive, innovante et responsable.