Dollarisation, digital... pourquoi la BCC baisse son taux directeur à 13,5 %, voici les raisons
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Dollarisation, digital... pourquoi la BCC baisse son taux directeur à 13,5 %, voici les raisons

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À Kinshasa, lors du briefing spécial du gouvernement organisé le 28 avril, le ministre de la Communication et porte-parole Patrick Muyaya a laissé la parole au gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso. Face à la presse, ce dernier a déroulé une analyse détaillée des choix monétaires récents, dans un contexte économique encore exposé aux turbulences internationales. Son intervention a pris la forme d’un exercice pédagogique, destiné à clarifier les décisions prises par l’institution.

Sur la question de l’or artisanal, le gouverneur a tenu à lever toute confusion autour de la sélection de DRC Gold Trading. Il a expliqué que cette entreprise n’a pas été choisie dans une logique d’exclusivité, mais parce qu’elle répondait à des critères stricts en matière de traçabilité et de conformité. "Nous avons choisi cette société parce qu’elle remplissait déjà les conditions de traçabilité, de transparence et de conformité", a-t-il déclaré. L’enjeu consiste à sécuriser la chaîne d’approvisionnement tout en respectant les standards internationaux.

Concernant la politique monétaire, la réduction du taux directeur de 15 pour cent à 13,5 pour cent a été présentée comme un ajustement réfléchi. La Banque centrale estime que même en cas de scénario défavorable, l’inflation pourrait se maintenir autour de 7 pour cent, ce qui garantit un niveau réel positif. "Il fallait montrer que la situation est maîtrisée et ancrer les anticipations du marché", a affirmé André Wameso. Maintenir un taux trop élevé aurait, selon lui, envoyé un signal négatif aux investisseurs.

Les conditions observées sur les marchés financiers ont également influencé cette décision. Les rendements internationaux oscillent actuellement autour de 9 pour cent à dix ans et 8,75 pour cent à cinq ans. Cet écart favorisait les placements auprès de la Banque centrale plutôt que le financement du Trésor public. "Nous devons encourager l’épargne à financer la politique budgétaire", a précisé le gouverneur, soulignant la nécessité de rééquilibrer les incitations dans le système financier.

Sur le front de l’inflation, la vigilance reste de mise. Une hausse hebdomadaire de 0,24 pour cent a récemment été observée, en lien avec l’augmentation des prix du carburant sur fond de tensions autour du détroit d’Hormuz. Malgré cela, la tendance générale reste orientée vers la stabilisation. Le gouverneur a également pointé du doigt certaines pratiques commerciales jugées abusives, notamment l’application de taux de change différents dans un même point de vente. "Il est inacceptable qu’un même commerce applique deux taux différents", a-t-il averti, évoquant des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait d’agrément.

La transformation du système financier passe aussi par la digitalisation. Avec un taux d’inclusion financière estimé à 58 pour cent et un niveau de bancarisation situé entre 25 et 30 pour cent, les solutions mobiles s’imposent comme un levier majeur. Des entreprises internationales comme Visa et Mastercard renforcent leur présence, tandis que des initiatives locales prennent forme. Un projet pilote prévoit même l’utilisation de la paume de la main pour effectuer des paiements. "Notre population est jeune, connectée et constitue le moteur de cette transformation", a souligné André Wameso.

La gestion des réserves de change repose sur une approche prudente. Une partie importante est investie dans des bons du Trésor américain, considérés comme des actifs sûrs et liquides. "Ce ne sont pas des fonds à garder sous un matelas", a rappelé le gouverneur. En parallèle, la Banque centrale s’oriente vers une diversification en accumulant de l’or, afin de renforcer sa capacité de résistance face aux chocs extérieurs.

Enfin, la question de la dollarisation reste un défi majeur. En 2025, environ 10 milliards de dollars en espèces ont circulé dans l’économie, alors que seulement 1,5 milliard ont été captés par le système bancaire. Cette situation complique la lutte contre le blanchiment et réduit l’efficacité des politiques monétaires. "Il ne s’agit pas d’éliminer le dollar, mais de mieux tracer les flux", a expliqué André Wameso.

Pour les mois à venir, trois scénarios sont envisagés selon l’évolution des tensions géopolitiques, allant d’un apaisement à une flambée des prix du pétrole au-delà de 150 dollars le baril. Malgré ces incertitudes, le gouverneur se veut rassurant et affirme que les outils existent pour préserver l’équilibre économique, dans un pays où la croissance dépasse les 5 pour cent et où la crédibilité financière continue de se consolider.

Écrit par
Nicolas Kayembe - Journaliste éditorialiste

Journaliste et rédacteur technique spécialisé en fintech, couvrant blockchain, crypto-actifs, paiements numériques et IA financière pour médias digitaux et réseaux sociaux.

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